Le contrat

Nathan aurait aimé pouvoir établir des contrats entre les personnes afin d’éviter certains non-dits, mensonges directs ou par omission, malentendus, quiproquos ou autres déceptions. En réalité, même si pour lui, les termes « ami », « compagnon », « camarade », « collègue », « petite amie », « fiancée », « épouse » avaient  tous une définition clairement établie,  ils lui paraissent malheureusement employés à mauvais escient ou de manière illusoire. Il lui semblait  même  qu’ils soient confondus par la majorité et ceci le perturbait grandement. Il avait besoin de cadrer ses relations pour se réaliser pleinement. En réalité, n’arrivant pas à concevoir d’action sans lendemain depuis quelques années, qu’elle soit sociale ou sentimentale, son attitude pouvait paraître déconcertante lorsqu’une personne ne  lui montrait pas de réelle capacité d’engagement. On le qualifiait de mystérieux, introverti, distant, associable, voir même d’aspie selon les circonstances.

 

Pourtant, l’évolution des ses relations me semblait naturelle. Elle répondait à un classement qui lui était personnel mais communément établi allant de la simple relation professionnelle au mariage, en passant par la camaderie ou le lien de sang. Chaque pas franchi amenant obligatoirement à l’état suivant – hormis le lien familial, il ne pouvait cependant envisager de retour sans clash et sans passage à l’état initial. Son engagement était inconditionnel et répondait à un accord tacite.

Jusque récemment, je ne m’étais pas posé la question de savoir si ce besoin de tout cadrer était sien ou propre à chacun. Naturellement, du fait de son expérience, il savait aussi que certains états intermédiaires étaient nécessaires. Il comprenait de plus que nombre de personnes refusaient de limiter leurs désirs au bénéfice d’un engagement semblable au sien.

Etait-ce par faiblesse ou manque de considération envers autrui ? Etait-ce pour simplement se souscrire à une morale qu’ils estimaient tombée en désuétude ou simplement parceque c’était ainsi ? Il faisait sien de n’accorder sa confiance qu’aux personnes qui lui semblaient rejeter le paraître et le superficiel de manière intrinséque sans pour autant négliger la part de subtilité de l’être.

Ne pouvant concevoir que celle avec qui il avait partagé ces dernières années et qu’il envisageait d’hisser au sommet du graphe, disparaisse de sa vie, il avait alors proposé un nouveau contrat à Emilie. Ce dernier permettrait d’établir une autre relation et lui assurerait qu’il n’avait pu se tromper sur les intentions et sentiments de cette dernière. Elle l’acceptait et la chute s’accélérait.