La renaissance

- Combien de jours de congés ai-je pris ces dernières années ? Je me lève chaque matin, depuis mon départ de Caen pour Nice, Heidelberg et enfin Paris avec la même idée : construire un idéal. Non pas le mien car je ne crois pas aux rêves mais celui d’un petit garçon qui avait depuis toujours eu envie de changer sa destinée. Lui qui voulait bâtir ses rêves pour toucher les étoiles, lui qui voulait tout connaître pour comprendre la réalité qui l’entourait, dessinera t-il à tout jamais mon chemin ?

Sur un vélo beaucoup trop grand pour lui, il parcourait les rues avec une dizaine d’autres gamins. Ils n’étaient jamais les mêmes. La plupart d’entre eux trouvaient, en général, par l’entremise de quelques âneries, le moyen de se voir consignés aprés chaque escapade. Ils restaient chez eux, dans des maisons aux murs grisés par la fumée des Hauts Fourneaux et aux volets autrefois colorés. Ils regardaient passer les autres bicyclettes et s’amusaient à compter le nombre d’enfants venus leur faire signe. Ils se saluaient en toute solidarité et contre le gré de parents qui sans nul doute et pourtant, devaient posséder une carte du parti. Combien d’entre eux couraient à côté ? Combien se retrouvaient, agitant les bras avant une chute inévitable, debout sur un garde-boue ? Ces enfants, ceux de la « Renaissance » ne partageaient pas seulement leurs instants ou leurs jouets mais aussi cette même bouille de misère souvent marquée par la crasse : des mômes chétifs au pantalon percé, des poil-de-carotte.

 La balade terminée, ils échouaient au terrain vague. Là-bas, ils pouvaient à l’aide de vieilles planches et de clous rouillés, construire leur propre cabane et vivre d’autres aventures. Ainsi, protégés de la pluie sous la tôle, ces Tom Sawyer se racontaient des histoires d’enfants de la DASS, d’enfants de parents alcooliques ou immigrés, parfois les deux ou même davantage. Ils racontaient leurs blessures mais surtout celles de leurs grands frères ou de leur mère. Ils haranguaient, ils blasphèmaient.

 Estimant sa propre chance et alors qu’il aurait souhaité guider tous ces gamins aux pullovers usés et hérités de leurs ainés vers de nouveaux sommets, l’enfant a continué son chemin.

 - Une dizaine de jours ? je préfère ne pas compter car mon âme est vagabonde depuis la seconde où j’ai trahit des émotions déjà goutées au profit d’un cosmopolitisme tant souhaité. Mais, de paysages désolés en acteurs de mascarade, je fais fi des trois coups qui résonnent dans un décor de sombre coeur. Les parfums n’ont décidément pas l’amertume d’une écorce du pérou.  Derrière ce miroir, se cache en réalité la vie exaltante d’une auberge espagnole. Je me pose puis attend. Je regarde les toits d’Etemenanki. J’écoute les murmures de mille et une contrées. J’essaie d’en dégager chaque note dans un brouhaha de Macamat et d’Hôgaku. Au-delà d’une septième mineure, j’apprécie alors ma clandestinité sur la pente qui mène vers les hauteurs de Metropolis et j’apostasie car les anges sont bien réels.

 - Et l’enfant ?