Nathan s’était relevé progressivement de sa torpeur, dénouant tour à tour les méandres de ses pensées. Du cas Emilie, il avait su extrapoler ses réactions face au toutalisme hypermoderne. Une notion qu’il étalait comme de la confiture depuis qu’il l’avait découverte et qui lui procurait davantage de soutient que 12,5 milligrammes de Stablon. Après tout, il avait en partie découvert la solution. En comprenant le déni de la société envers l’alterité, il entendait d’autant plus son malaise. Il avait toujours appris des différences des autres et était le fruit d’un regard critique de la société et de l’environnement dans lequel il avait évolué. Accepter l’alterité facilitait le pardon alors que l’hypermodernité accentuait les injustices. Sa vie se résumait-elle à un pur syllogisme ?
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L’humanisme est une notion fondamentale à laquelle il faut prétendre
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L’individualisme est l’humanisme. Il est facteur de l’intégration sociale à ne pas confondre avec l’égoïsme
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Tout comme le totalitarisme, le toutalisme deni l’individualisme
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Le toutalisme hypermoderne reflète la société actuelle
Faut-il combattre le toutalisme comme il est nécessaire de faire face au totalitarisme ? Après tout, le toutalisme est acéphale et poussé par la majorité; refuser la volonté de la communauté conduirait au despotisme. Nathan n’acceptait pas ce constat et devait davantage conduire son analyse. Il lui fallait absolument une réponse. De dire :
- Suis-je suffisamment intelligent pour trouver une réponse ou quant bien même la comprendre si on me l’apportait ?
Je lui demandais comment il était arrivé à se poser ces questions et pourquoi elles le préoccupaient tant. De répondre :
- Je me sentais mal. Je ne comprenais pas pourquoi je n’éprouvais aucun plaisir dans des actions que mon entourage trouvait légitimes. En fait, bien que sachant avoir un raisonnement quelque peu binaire, je ne vois aucun intérêt à parader dans des « Cocktail Parties », des « After Works ». Je ne comprend pas le besoin qu’ont les gens de s’identifier à un groupe dont les égos sont surdimensionnés, à vivre dans l’excès pour se sentir vivre. Et d’ajouter :
- Lorsque je vois tous ces costard cravates s’échiner à vouloir se distinguer par n’importe quel biais, je me sens déphasé. Mon discours les gêne car contraire à leur vision. Je sais de plus qu’ils me trouvent d’autant plus prétentieux à refuser d’entrer dans un jeu que je devrais pourtant accepter puisque, d’apparence, je leur ressemble. Pourtant, quelle connerie que de penser que tout ce qui est tendance est digne d’intérêt ! Quelle connerie de se balader avec un blackberry pour paraître plus dynamique, plus oppressé sous le poids du travail que son voisin, etc. Je ne comprend pas non plus cette tendance qu’ont les femmes de trouver que d’avoir un « dildo » soit « in ». Bref, je suis paumé.
De fil en aiguille, son esprit névrotique le conduisait à faire l’amalgame avec le combat contre l’axe du mal de G.W. Bush, aux actions menées par la CIA pendant plus d’un demi siècle pour imposer une vision occidentale au reste du monde. S’il y avait combat, il serait voué à l’échec comme le sont les guerres modernes contre le terrorisme.
Nathan n’était pas communiste. Il s’affirmait dans un capitalisme modéré. Pendant ces cinq dernières années, il avait apporté sa maigre contribution au système bancaire. Jonglant entre systèmes d’informations et produits dérivés, s’attachant naïvement au concept du crédit comme levier de nouvelles richesses, il avait fait de son mieux pour assurer une bonne gestion des risques. Puis, comme tous, Il avait suivi la faillite de Lehman Brothers et l’apparition d’une crise folle. Mondialisation, globalisation, hypermodernité, que faire ? tout s’entremêlait comme un virus se répandait. Peut-être fallait-il s’évertuer à créer une pluridiscipline qui trouverait le vaccin à tous les maux de la société. Le fantôme des « jeux de l’esprit » venait le hanter.