Nathan était incapable de se souvenir de ses rêves mais lorsque qu’il vint vers moi ce jour là, il me dit qu’il était enfin libéré et pouvait mettre fin à sa vie monacale. Je souris.
- Quel soulagement de pouvoir conclure cette dernière ligne d’un point d’exclamation ! Quel bonheur de pouvoir tourner la dernière page d’un livre avant de le refermer á jamais ! Le second tome d’un sordide conte de fées s’achève comme le premier avait été conclu. Personne n’écrira de troisième volume et de nouveaux assemblages peuvent, à nouveau, prendre forme.
Je l’interrogeais alors des raisons d’un tel changement de comportement et de répondre qu’il avait fait un rêve étrange. Il s’était retrouvé, tel Joseph, devant onze planètes dont chacune d’elles était annonciatrice d’une catastrophe naturelle. Il ne se souvenait pas vraiment des quatre premières mais semblait avoir compris la justesse de la prophétie, lorsqu’il avait échappé à un tremblement de terre survenant peu après l’apparition de la cinquième planète.
Jusqu’alors, comme étrangé à tout ce qui pouvait se passer, il avait vu la famine se généraliser et avait préféré se réfugier dans des campagnes autrefois abondantes. En échappant au cinquième séisme et sachant que le prochain serait vraissemblablement un raz de marée comme nul n’en avait jamais connu, il avait décidé de rejoindre le sommet des montagnes. Un long périple qu’il ferait avec Emilie. A pied, soucieux de faire au plus vite pour se préserver d’attroces souffrances, ils avaient ainsi gagné le sommet d’une tour. Cachée derrière d’immenses contreforts naturels, protégée par d’épais remparts, cette vieille dame aux murs lépreux leur assurerait protection. D’ailleurs, Nathan qui chaque soir contemplait le ciel, avait vu passé les sixièmes et septièmes planètes sans qu’il ne soit inquiété un seul instant. Que pouvait devenir l’humanité pendant ce temps ? Avait-il trouvé une nouvelle arche en cette nouvelle demeure ? Etaient-ce les prémices de l’apocalypse ? la huitième catastrophe s’annonçait et il savait que rien ne pourrait véritablement contenir la plus effroyable des menaces. Le récit de l’aventure était palpitant et je voyais Nathan la revivre comme si elle avait été réellement sienne.
- Je regardais le ciel comme chaque soir depuis notre arrivée en me retournant par intermittence pour contempler Emilie assoupie sous une soie de Bagdad. Au mur, se trouvait une tenture bleu outremer ornée de fils d’or. La pièce était spacieuse et malgré la hauteur à laquelle était perchée la forteresse, il faisait bon. Une fragrance de jasmin embaumait la pièce. Le ciel était clair lorsque la huitième planète est apparue au firmament. Le vent s’est levé brusquement puis les évenements se sont enchaînés. La terre grondait lorsque le ciel s’est couvert d’un épais manteau flamboyant. Emilie s’est levée pour se blottir dans mes bras puis nous nous sommes dirigés vers les escaliers.
Il poursuivit en m’expliquant qu’il s’agissait d’une terrible éruption volcanique dont la lave avait probablement recouvert la vallée en contrebas avant de venir mourir contre les remparts jouxtant cette bonne vieille dame. Avec Emilie, ils avaient hésité avant de gravir ensemble, les quelques marches qui les séparaient de l’étage supérieur. Dans une vaste salle de réception, ils décidaient cependant de rejoindre une cinquantaine d’hôtes de fortune, avec qui ils partageraient quelques repas.
- Nous trouvions boisson et nourriture à foison que nous partagions tous ensemble sur cette grande table en chêne. Repus, Emilie et moi réalisions progressivement notre chance. Or, je savais que nous n’avions que peu de temps avant de devoir partir à nouveau. La théorie des catastrophes impliquait un perpetuel mouvement et après maint calculs probabilistes, je décidais de notre prochaine destination : le bord de Méditérannée.
Je m’enquis de savoir en quoi ce rêve lui avait ouvert de nouvelles perspectives.
- Lorsque nous sommes arrivés en bord de mer, il y avait un port au loin et tout le monde vaquait comme de rien n’était. Auprès de nous, il y avait un phare et nous longions le chemin tranquillement. Les herbes étaient hautes, une légère bise me caressait le visage puis les angoisses d’une nouvelle catastrophe se sont dissipées.
- Et alors ?
- As-tu remarqué que les catastrophes qui m’inquiétaient étaient les numéros 5, 8 et 11 ?
- Oui.
- Alors tu comprendras pourquoi je peux aujourd’hui profiter de la vie.